Professionnels de santé : vous savez quoi faire. Alors pourquoi rien ne bouge ?
Publié le : 20/10/2026
Pour commencer — comment lire PHINYX
Ce que vous allez lire n’est ni un avis juridique, ni un avis médical, ni une publication scientifique. C’est une réflexion issue du terrain : plus de 25 ans dans le soin et les organisations de santé, et ce que j’observe aujourd’hui dans les structures que j’accompagne. Lorsque je cite un repère officiel, j’en indique la source. Cette réflexion n’a qu’un objectif : avancer ensemble. Vos retours, vos expériences et vos désaccords la font progresser. Écrivez-moi.
Cependant, sachez que mes articles n’arrivent pas seuls. Ils s’inscrivent dans une conversation qui se construit chaque mois, en quatre temps.
- Temps 1. La newsletter pose une question de fond.
- Temps 2. Mes posts LinkedIn (compte personnel) la prolongent, au fil du terrain et de l’actualité. Ce sont mes prises de position.
- Temps 3. Vos réactions (réponses, commentaires, messages) font avancer la réflexion.
- Temps 4. L’article de blog, publié une quinzaine de jours après la newsletter : rassemble et approfondit le tout. Puis la newsletter suivante repart de ce que vous avez répondu.
Et sur Instagram, en parallèle : les coulisses, en plus léger. Les avancées, les doutes, les échecs, les victoires, vos participations.
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🛡️ Ce que PHINYX s’engage à respecter
- Des faits vécus. Jamais d’exemple inventé.
- L’anonymat. Aucune personne, aucune structure n’est citée ou reconnaissable.
- Le « je » pour ce que j’ai vécu moi-même.
- Vos commentaires sont repris de façon anonyme, ou nominativement uniquement avec votre accord.
- Des sources officielles pour chaque chiffre et chaque repère.
- Une réflexion de terrain, jamais un avis juridique, médical ou scientifique.
MERCI.
Ce mois-ci, la question :
« Vous savez déjà quoi faire. Alors pourquoi rien ne bouge ? »
Commençons, bonne lecture.
Le mois dernier, je travaillais autour d’une idée simple : une décision qui ne modifie rien dans l’exécution reste une intention. J’ai proposé de regarder ce qu’une vraie décision déplace autour d’elle, avec une question de contrôle : si vous aviez réellement décidé que quelque chose devait changer, qu’est-ce qui serait différent demain matin ?
Un mois plus tard, la question suivante s’impose. Demain matin est arrivé. Plusieurs fois. Qu’est-ce qui a réellement changé ? Et si la réponse est « pas grand-chose », pourquoi ?
Ce que vous en avez dit
« On dirait du vécu. »
Un lecteur, en commentaire de la newsletter d’octobre.
Le paradoxe : vous savez déjà quoi faire
« Il faut que je recrute. » « Il faut que je délègue. » « Il faut revoir le secrétariat. » « Il faut clarifier le rôle de chacun. » « Il faudrait documenter ce process. » « On ne peut plus continuer comme ça. »
Rien de mystérieux. Le problème est souvent identifié — parfois par plusieurs personnes, parfois depuis des mois. Il a été nommé en réunion. Il figure dans un compte rendu.
Et pourtant, rien ne change vraiment. Ou plutôt : assez de choses bougent pour donner l’impression que le sujet avance, pas assez pour modifier durablement le fonctionnement.
La question n’est donc plus « est-ce qu’ils savent quoi faire ? » mais : qu’est-ce qui empêche cette décision d’entrer dans le fonctionnement réel de la structure ?
👉 POUR VOUS
- Quelle décision revient dans vos comptes rendus depuis plus de six mois ?
- Qu’est-ce qui a concrètement changé depuis la première fois qu’elle a été prise ?
Une décision et son exécution sont deux objets différents
Je l’ai vécu cette année. J’ai pris une décision personnelle réfléchie, qui répondait à une situation installée depuis longtemps. Puis elle a rencontré la réalité, et la réalité n’a pas suivi le scénario imaginé. J’ai donc maintenu la décision en modifiant la manière de l’appliquer.
Tenir une décision ne signifie pas s’obstiner sur le premier plan imaginé pour l’appliquer.
Corriger un plan n’est pas revenir sur une décision.
Dans une organisation, c’est identique. Vous pouvez avoir pris une excellente décision et avoir mal séquencé sa mise en œuvre, sous-estimé les dépendances, oublié un interlocuteur, mal réparti les responsabilités, choisi un calendrier irréaliste, ou supposé que certaines actions iraient de soi.
Elles ne vont pas de soi. Le passage de la décision à l’exécution est un travail à part entière.
Le mot qui change tout : la séquence
Prenons une décision très simple : « nous devons revoir l’organisation du secrétariat. »
Tout le monde comprend la phrase. Mais que signifie-t-elle lundi matin ? Qui commence ? Par quoi ? Faut-il d’abord observer le fonctionnement actuel, lister les tâches, mesurer les sollicitations, reprendre les fiches de poste, interroger l’équipe, changer un outil, recruter, former ? Qui peut décider ? Qui doit être consulté ? Qu’est-ce qui dépend d’un prestataire ? Qu’est-ce qui doit être annoncé aux patients ? Et surtout : dans quel ordre ?
Voilà pourquoi une décision évidente peut rester six mois sur la table. Elle n’est pas contestée. Elle est simplement non séquencée.
Et quand l’organisation ne construit pas la séquence, chacun la reconstruit de son côté : avec son métier, ses priorités, ses contraintes, sa représentation du problème. C’est souvent là que les écarts commencent.
Là où la chaîne casse, l’exécution s’arrête. Les cinq causes qui suivent sont les cinq endroits où, dans les structures que j’accompagne, elle casse le plus souvent.
Les 5 causes que je retrouve derrière l’immobilisme
Elles ne sont pas exhaustives : c’est une grille issue de ce que j’observe en mission et de ce que j’ai vécu dans les équipes que j’ai traversées.
1. Personne n’est propriétaire de la décision
Une phrase me rend immédiatement méfiante : « on va s’en occuper. » Qui est « on » ? Une décision portée par une entité abstraite risque de n’être portée par personne.
Il ne s’agit pas de tout faire reposer sur une seule personne, mais de désigner celle qui peut répondre à la question : où en sommes-nous ?
👉 POUR VOUS
- Relisez une décision récente : pouvez-vous écrire immédiatement le nom de la personne qui la porte ? Pas « l’équipe ». Pas « le bureau ». Un nom.
2. La décision n’a jamais été traduite en actions
« Améliorer la communication », « structurer la gouvernance », « fluidifier le parcours patient » sont des objectifs, pas des actions.
Une action a un verbe, un responsable et une date : elle peut commencer, être confiée, être terminée. « Cartographier pendant une semaine toutes les demandes reçues au secrétariat et les classer par catégorie » est une action. « Améliorer le secrétariat » n’en est pas une.
👉 POUR VOUS
- Prenez une décision en attente : quelle est la toute première action observable ?
- Si vous hésitez, votre problème commence probablement ici.
3. Tout repasse encore par la même personne
Le mail doit être relu. Le document validé. Le prestataire rappelé par vous. L’exception arbitrée par vous. Sur le papier, plusieurs personnes travaillent ; dans les faits, toute la chaîne a le même goulot d’étranglement.
La bonne question n’est pas seulement « qu’est-ce que je peux déléguer ? », mais « qu’est-ce que l’autre peut décider sans revenir vers moi ? » Déléguer une tâche en gardant tous les arbitrages n’est qu’une délégation partielle.
👉 POUR VOUS
- Combien de sujets attendent aujourd’hui uniquement parce que vous devez répondre, relire ou valider ?
4. Personne n’a le mandat de protéger la décision
Vous aviez réservé deux heures. Une urgence arrive, vous décalez. Une autre demande tombe, vous décalez encore. Deux semaines plus tard, le chantier n’a pas commencé, et personne n’a mal travaillé.
Une priorité réelle a toujours une conséquence : elle prend une place dans l’agenda, elle oblige à refuser autre chose, et quelqu’un doit pouvoir dire « non, ce créneau reste réservé ». Sinon, ce n’est pas une priorité : c’est un souhait.
👉 POUR VOUS
- À la prochaine urgence, qui a le mandat de protéger le chantier ? Si la réponse est « personne », vous savez déjà ce qui va se passer.
5. Aucun moment n’a été prévu pour vérifier
On décide, on agit un peu, le quotidien reprend. Quelques mois plus tard : « au fait, où en est-on ? » Et un problème de système se transforme en reproche individuel : « je pensais que tu l’avais fait », « j’attendais ton retour », « personne ne m’a relancé ».
Une question posée au départ aurait suffi : quand nous revoyons-nous, et que regarderons-nous ? Le suivi ne s’invente pas après l’échec : il fait partie de la décision.
👉 POUR VOUS
- Pour votre dernier projet lancé : connaissez-vous la date du prochain point, le résultat attendu à cette date, et le critère qui vous dira que c’est mieux qu’avant ?
« L’équipe n’est pas motivée » : peut-être. Vérifions d’abord le système.
Il existe évidemment des problèmes humains : désaccords de fond, compétences inadaptées à un rôle, conflits, personnes qui n’adhèrent plus au projet. Cela existe, et il faut savoir le regarder. J’y reviens plus bas.
Mais avant de conclure que « les gens ne veulent pas », je vérifie autre chose : l’organisation leur permet-elle réellement de faire ce qu’on leur demande ? Ont-ils compris pourquoi ? Savent-ils ce qui est attendu ? Ont-ils les compétences, le mandat, le temps, l’accès à l’information ? Peuvent-ils décider ? Un point d’étape existe-t-il ?
Il y a une différence considérable entre une personne qui refuse d’agir et une personne placée dans une organisation qui rend l’action excessivement difficile. Le traitement n’est pas le même.
Le rôle du dirigeant n’est pas de tout faire
Parce qu’un médecin a créé une structure, il devient progressivement manager, responsable RH, gestionnaire, chef de projet, référent informatique, interlocuteur du comptable, médiateur, coordinateur, et personne à appeler quand personne ne sait quoi faire.
Le problème n’est pas qu’il soit incapable de comprendre ces sujets. Le problème est que son expertise première n’est pas d’exercer simultanément tous ces métiers.
La même logique existe dans les associations : le président devient celui qui sait, puis celui qui répond, puis celui qui valide, puis celui sans qui plus rien n’avance. Jusqu’au jour où la structure confond sa gouvernance avec une personne.
Une organisation solide n’est pas celle où une personne exceptionnelle pense à tout. C’est celle qui reste lisible quand cette personne n’est pas là.
C’est le sujet de novembre, et j’y consacrerai la prochaine newsletter.
Décider, c’est aussi renoncer
Nous voulons parfois les effets du changement sans ce qu’il oblige à abandonner. Déléguer tout en contrôlant chaque détail. Libérer du temps médical sans lâcher les missions périphériques. Une équipe autonome, mais reprendre la main au premier désaccord. Prioriser un projet sans renoncer aux neuf autres.
Une vraie décision ferme des portes. C’est ce qui la rend réelle.
👉 POUR VOUS
- À quoi êtes-vous prêt à renoncer pour que cette décision existe réellement ?
Accompagnement des professionnels de santé : par où commencer demain matin
Vous êtes médecin
Choisissez une seule décision d’organisation. Puis écrivez six lignes : quoi (un verbe d’action), qui (un nom), pour quand (une date), avec quels moyens, qui informer, et quand vous vérifierez, avec un critère observable.👉 POUR VOUS, demain matin : cette discipline suffit parfois à transformer une réunion entière.
Vous dirigez une association
Reprenez votre dernier procès-verbal et regardez uniquement les décisions. Combien ont un responsable, une échéance, les moyens nécessaires, un point de contrôle et une règle de suppléance si la personne s’absente quinze jours ?👉 POUR VOUS, demain matin : si ces informations ne figurent nulle part, votre gouvernance repose sur la mémoire et le dévouement des personnes.
Vous êtes industriel ou prestataire
Une réunion remplie n’est pas une réunion décisionnelle. À la fin du prochain comité, demandez : qu’avons-nous réellement décidé, et qu’est-ce qui reste ouvert ?👉 POUR VOUS, demain matin : pour chaque sujet ouvert, nommez ce qui manque, une information, une personne, un mandat ou un choix assumé.
L’outil : la grille des 5 causes
Une page. Vous partez de « la décision que je répète depuis le plus longtemps », vous vérifiez les cinq causes, vous notez une première action. Pas un plan de trente lignes, pas un tableau de suivi que personne n’ouvrira. La première action.
Deux cases cochées ou davantage ? Ne concluez pas trop vite à un manque de motivation : regardez la séquence.
📥 La grille des 5 causes
Une page imprimable pour repérer ce qui empêche votre décision d’avancer, et noter votre première action.
Télécharger la grille des 5 causes
Et côté humain ?
Je ne veux pas tomber dans l’excès inverse : toutes les difficultés ne sont pas structurelles. Il arrive qu’il faille poser une autre question. Les personnes disposent-elles encore des compétences, du mandat et de l’adhésion nécessaires à leur rôle, autour d’une vision suffisamment partagée ?
C’est un sujet à part entière, et il mérite mieux qu’une phrase au milieu d’un article sur les process.
Une structure peut avoir d’excellents process et échouer si personne ne veut plus avancer dans la même direction. Elle peut aussi avoir d’excellentes personnes et les épuiser dans une organisation impossible. Les deux diagnostics ne se confondent pas.
Une organisation se lit dans ses petits blocages
- Un document que personne ne retrouve.
(On l’a tous vécu) - Une réunion dont personne ne connaît le responsable.
(Vécu personnellement chez un PSDM) - Un patient que plusieurs personnes pensent qu’une autre rappellera.
(Vécu quand j’étais élève infirmière) - Un nouveau salarié qui apprend le fonctionnement en observant ses collègues.
(Vécu : aucun process, seulement de l’observation, un cahier et des notes) - Un dirigeant avec vingt validations en attente.
(Le cas d’un directeur d’établissement d’un lycée ce 18 septembre 2026) - Une réunion qui se termine par « on se redit ».
(Réunion de mon syndic, dans lequel j’ai décidé de me présenter) - Un projet important qui disparaît à chaque urgence.
(Vécu lors d’une scission d’un cabinet médical)
Individuellement, rien de spectaculaire. Collectivement, ces détails racontent le système.
C’est ainsi que je travaille : je regarde où l’information s’arrête, où la décision ralentit, où la responsabilité devient floue, et où quelqu’un compense pour que personne ne voie que le système ne fonctionne pas.
Tant que quelqu’un compense, le problème reste invisible.
Diagnostiquer ne suffit pas
Une organisation n’avance pas parce qu’on lui a remis un document expliquant pourquoi elle n’avance pas.
Quand j’interviens, je ne décide pas à la place des dirigeants ni de la gouvernance : j’observe, je questionne, je mets en évidence ce qui coince, je construis des scénarios, je challenge, je propose. Puis vient leur décision.
Et une fois cette décision prise, quelqu’un doit transformer « oui, nous allons le faire » en « voilà comment cela va se faire ». C’est la seconde partie de mon métier de direction stratégique et opérationnelle externalisée : structurer, arbitrer, séquencer, attribuer, documenter, coordonner, relancer, sécuriser, vérifier. → Accompagnements
J’ai décidé de ne pas laisser seules les structures qui le souhaitent dans la mise en application de leurs décisions.
PHINYX 360 — Diagnostiquer · Structurer · Piloter · Sécuriser.
Le test de demain matin
Septembre : si vous aviez réellement décidé que quelque chose devait changer, qu’est-ce qui serait différent demain matin ?
Octobre : et si vous avez effectivement décidé… qu’est-ce qui empêche encore cette différence d’exister ?
Cherchez moins longtemps le grand problème. Prenez une seule décision, et demandez-vous : qui la porte, quelle est la première action, pour quand, ce qui peut être décidé sans remonter, ce qui doit être protégé, et quand vous vérifierez. Ensuite seulement, si rien ne bouge : qu’est-ce qui relève vraiment des personnes ?
Vous savez peut-être déjà quoi faire. Ce n’est pas forcément ça, le problème. Le problème, c’est que personne n’a encore construit la route entre la décision et l’exécution.
👉 POUR VOUS
- Quelle est la décision que vous répétez depuis le plus longtemps ?
- Et laquelle des cinq causes l’empêche aujourd’hui de devenir réelle ?
La suite de la conversation
Votre tour : écrivez-moi. Vos expériences, vos objections et vos désaccords font partie de cette conversation et nourriront le prochain numéro.
La suite : mardi 3 novembre, la newsletter pose la question suivante — votre structure tient-elle grâce à son organisation, ou grâce à quelques personnes ? → S’abonner
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Juliette Masseau — Fondatrice de PHINYX, directrice stratégique et opérationnelle externalisée
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